30th Anniversary!
Théophile, de 1980 à 2010
Par Rév. Dr Roland R. Joseph
À l’occasion du trentième anniversaire de l’Église Théophile d’Atlanta, un coup d’œil rétrospectif se révèle un exercice nécessaire afin d’exposer les événements et faits qui ont marqué les années de cette institution. Il serait un peu hasardeux de prétendre pouvoir relater dans son ensemble l’histoire complète de ces 30 ans d’existence dans un espace aussi restreint. Un livre des souvenirs de Théophile serait en voie de réalisation. Aujourd’hui, l’opportunité nous est offerte d’effectuer dans un premier temps un survol de ces années qui ont propulsé Théophile au sommet et, dans un deuxième temps, d’étaler notre perspective d’avenir pour cette organisation.
Propulsé au sommet est un bien grand terme dans le cas de Théophile, diraient certains. J’en conviens. Pour atteindre le sommet d’une montagne, il faut partir d’abord au pied de cette montagne et la gravir pierre par pierre. Il est un fait certain qu’en cours d’ascension, certaines de ces pierres peuvent se détacher ou glisser sous nos pieds, parce que mal incrustées, nous causant le risque de ralentir notre parcours, nous forcer à modifier notre route, voire même nous faire basculer dans le vide. Un tableau donc typique de l’histoire de Théophile qui a jalonné sa marche jusqu’à aujourd’hui.
Lorsque nous faisons le bilan de nos 30 ans de fonctionnement soit de 1980 à nos jours, notre positionnement à tous points de vue pourrait être meilleur. Rappelons-nous cependant que l’idée d’implanter Théophile à Georgia est devenue une réalité concrète dans le modeste sous-sol de Pasteur Roland Joseph en janvier 1980 avec sept personnes, toutes issues de sa famille. Cette idée au prime abord paraissait un peu farfelue, puisque cette église était dédiée d’abord et avant tout aux Haïtiens d’Atlanta. Paradoxalement, il y avait à peu près une dizaine vivant en ce lieu à cette époque. Mais après avoir prié et testé la volonté de Dieu, nous sommes partis de Brooklyn à New-York, où déjà existait l’église Théophile depuis 1971, pour s’établir à Atlanta. Là, notre projet a démarré.
Un début donc difficile, mais un Dieu fidèle. Très vite, nous avons compris que nous n’étions pas arrivés ici par hasard car les événements qui suivirent nous ont fait réaliser que ce travail méritait bien les sacrifices consentis. En effet, malgré la carence en ressources haïtiennes, le sous-sol qui nous servait de lieu de culte est devenu en peu de temps trop petit. Il fallait donc se relocaliser. Un salon de coiffure à Forest Park nous a ouvert ses portes ; il nous fallait une place pour adorer et nous avions dit oui.
Durand ce parcours, le Seigneur continue d’aplanir le sentier en nous envoyant des frères et serviteurs dévoués à notre cause. Ils sont nombreux à venir se greffer à cette institution pour faire du chemin avec elle en toute sincérité, honnêteté et intégrité. Le recueil des souvenirs de Théophile retiendra leurs noms et réservera des pages spéciales afin de leur rendre hommage.
Du salon de coiffure germe l’idée concertée de mettre sur pieds une œuvre avec pour unique but d’aider nos frères en Haïti. « Évangéliser, ré-évangéliser et unir les frères haïtiens », est en ce sens la voie dédiée pour parvenir à cette fin. L’Église Théophile en Christ est dès lors devenue Haitian Ministry Theophile Church in Christ, Inc. Une nouvelle dynamique s’installe à Atlanta dans les années 1981-1982 avec l’arrivée d’autres Haïtiens en provenance des autres grandes villes des États-Unis. Théophile s’est donc révélé le point de référence en matière d’institution chrétienne et sociale pour tous ces nouveaux arrivés. Une fois de plus nous nous sommes retrouvés coincés dans un espace devenu trop petit face à cette affluence, mais la main de Dieu nous a conduis à la chapelle de l’église Presbytérienne au centre-ville d’Atlanta, d’où nous avions séjourné pendant 3 ans.
Les moyens financiers limités dont nous disposions à ce moment là constituaient un obstacle à notre désir d’acquérir notre propre local. Là encore, la fidélité de Dieu allait surpasser notre compréhension. Contre vents et marrées, nous avons lutté et réussi à nous frayer un chemin jusqu’au 930 Custer Avenue, Atlanta, notre place définitive depuis lors. Plusieurs étaient perplexes face à la possibilité de pouvoir conserver cette place. Cependant nous nous sommes fortifiés avec cette parole du Psaume 60v14 : « Avec Dieu nous ferons des exploits et Il écrasera nos ennemis. »
A partir de cette acquisition, Théophile connaît une montée fulgurante. Atlanta devient la ville de prédilection des communautés culturelles venues d’ailleurs et spécialement des Haïtiens, ce qui a contribué à l’émancipation de notre église. Des familles entières se joignent à nous au fur et à mesure de leur arrivée ici. Il fallait donc gérer cette croissance en établissant des règles de fonctionnement pour les groupes et comités en gestation, asseoir notre vision sur des résolutions afin de mieux l’expliquer, systématiser notre administration en instaurant de la discipline dans tous nos sphères d’activités. Dans sa philosophie, Théophile se basait sur la socialisation et la fraternisation, ce qui nous permettait d’établir une bonne relation avec les autres églises de la communauté.
L’année 1989 marque un tournant historique dans notre ascension. Théophile jette les bases de sa vision en Haïti avec la construction d’une école primaire à Buisson, une localité de Port-Salut, grâce à la collaboration de certains frères sur le terrain et le support financier de certains membres d’Atlanta et d’autres organismes. Théophile prend officieusement la forme d’une organisation en 1993 lors de ma nomination comme président pour une période de trois ans avec possibilité de réélection, et tout ceci devient officiel en 1994 avec la reconnaissance officielle par les États-Unis ainsi que le département des cultes de l’état haïtien.
La vision de Théophile fascine même au-delà d’outre-mer et franchit les frontières d’Haïti. Ainsi, en Décembre 1994, l’organisation fît l’acquisition de sa première église à Martissant. Les années qui suivirent suscitent un engouement tel que des demandes d’affiliation arrivèrent d’un peu partout à travers Haïti et les États-Unis. Voyages missionnaires, croisades évangéliques, congrès des ouvriers de l’œuvre, le mouvement est en marche. Successivement, Théophile s’implanta à Bradenton, Miami, Nashville, Tampa, Fort-Myers, Orlando, Kissimmee, Fort-Pierce, Chicago, Connecticut, San-Francisco et plus récemment en 2007 à McDonough, Georgia. En cours de route certaines de ces acquisitions ou affiliations ont abandonné le bateau pour cause d’insatisfaction en réalisant que leurs objectifs ne coïncidaient pas avec ceux de Théophile.
Cette montée a eu certes des effets positifs sur le quartier général de l’organisation à Atlanta au point que des modifications d’agrandissement majeures de nos locaux se soient avérées nécessaires pour pouvoir répondre à nos besoins. Notre édifice actuel géré de façon honnête par des Haïtiens fait la fierté de notre communauté. En même temps, notre mission en Haïti connut un succès retentissant. Un programme colossal fut lancé en évangélisation, en éducation, en publication. Là aussi en peu de temps, il a fallu faire l’acquisition de nouveaux locaux pour nos activités. Ce nouvel édifice où loge désormais Théophile d’Haïti, fut inauguré lors de la grande convention annuelle réunissant des délégations venant de St-Domingue, d’Haïti et des États-Unis au mois de Décembre 2001.
Voilà donc un parcours de rêve réalisé d’abord avec l’aide de Dieu sans qui nous n’aurions pu nous rendre jusqu’ici, et la volonté des frères et sœurs en Christ qui ont porté très haut le flambeau de cette vision. Cependant, gravir cette montagne dont nous parlions tantôt ne s’est pas fait sans heurts. Nous avions aussi dit que notre positionnement à tous points de vue pourrait être meilleur après trente années d’existence de cette institution. Nous le croyons, car le synchronisme de l’heure coïncidait avec un besoin, l’engouement et le zèle au travail favorisaient notre parcours, bref toutes les conditions étaient réunies pour que le sommet soit accessible. Cependant le chemin était quand même pavé d’obstacles qui ont ralenti, et certaines fois paralyser notre lancée.
Tout d’abord, nous avons dès notre arrivée à Atlanta dû faire face à une économie chétive. Malgré la bonne volonté de nos membres, le petit nombre d’adhérents ne favorisaient pas la réalisation de nos projets. Il fallait appartenir ou s’associer aux institutions extérieures pour pouvoir bénéficier de leurs contributions, ce que nous avons toujours refusé de faire afin de conserver notre indépendance. À ce point de vue, nous fonctionnions au ralenti mais la fierté de pouvoir nous gérer nous-mêmes avait pour nous toute sa valeur.
Par ailleurs, faute d’experts et de professionnels qualifiés dans nos rangs au début de cette œuvre en 1980, nous avions dû fonctionner avec les moyens du bord, mettant à contribution notre peu d’expérience. Inventer notre propre système d’opération tout en comptant sur l’aide de Dieu, devint notre « Modus Operandi. » Ce qui porte ombrage et nous cause du tort dans la réalisation de cette œuvre, c’est l’infiltration de ceux qui n’ont pas partagé notre vision, soit involontairement ou délibérément. Nous avons lutté et nous luttons encore, contre le négativisme dans nos rangs. Malgré les difficultés provenant de nos faiblesses et d’ailleurs, notre source d’inspiration demeure la grâce de Dieu.
L’avenir, est-il donc prometteur pour Théophile? Voilà la question qui revient dans toutes les conversations, et avec raison, car le tableau actuel se prête aisément à une telle interrogation. Humainement parlant, toute réponse possible est subjective parce qu’elle pourrait être basée sur des faits conjoncturels. Vu de cet angle, les choses peuvent paraître difficiles. Notre coup d’œil rétrospectif sur les trente ans de Théophile nous fait réaliser l’énorme défi qui se pointe à l’horizon. Cependant la vision qui a mis au monde cette œuvre est encore bien vivante dans le cœur des leaders de demain. Des leaders meurent mais une vision demeure. Réalisant la validité de la volonté et de la capacité de Dieu, nous ne pouvons faire autrement qu’avancer. L’espoir et la confiance que nous avions placés en certains, nous ont poussés à investir indûment beaucoup de ressources et d’énergie, ce qui a été une erreur de notre part. Ceci doit susciter non seulement une réflexion profonde, mais aussi un transfert graduel du flambeau à notre jeunesse qui bientôt, aura à assumer la continuité de ce travail déjà amorcé. Nous devons leur inculquer l’amour de cette vision et leur fournir les outils nécessaires à leur émancipation. Les paroles de Mardochée à Esther par rapport à la délivrance du peuple d’Israël nous enseignent aujourd’hui le sens de notre mission à savoir que nous ne sommes pas ici par accident. Nous aurons certainement à en répondre un jour.
Pour atteindre ce sommet, nous devons nous armer de patience et d’endurance car la vision est grande, le travail colossal, les moyens et capacités sont de plus en plus limités, le temps est court. Ce qu’il nous reste à faire est supérieur à ce que nous avons déjà accompli. Servons-nous de ces pierres qui glissent sous nos pieds en guise d’échelons pour soutenir nos pas. Jeunes et vieux, dans un esprit de concertation, aspirons vers l’excellence, car tout ce qui est bon, agréable et parfait doit être l’objet de nos pensées. Puisse-t-il être ainsi pour les années à venir. Ce qui fera par contre la différence, ce sera notre habileté à nous dresser contre l’adversité. Comme nous comptons sur Dieu, Lui qui nous a dotés de volonté, d’intelligence et de sa puissance, compte aussi sur nous pour l’édification de son royaume. Ce sera le seul moyen d’atteindre victorieusement le sommet de cette montagne.
Que Dieu bénisse Théophile.



